leviathan

Léviathan, Anish Kapoor nous ouvre les portes de la perception.

C’est dans le cadre de sa manifestation d’envergure Monumenta que le grand palais propose à l’artiste britannique, d’origine indienne, Anish Kapoor d’investir la nef de son édifice.  Cette installation-sculpture aux dimensions gigantesques s’y déploie entièrement, à la façon d’un étrange astronef organique, tout en rondeur et en épure.
L’œuvre tant attendu se nomme  Léviathan, un monstre marin terrifiant de la mythologie phénicienne, ou reference à l’enfer dans la Bible, une nouvelle métaphore du gouffre et du féminin, cher à l’artiste.
On commence par pénétrer les entrailles de la bete.
Rapport unique  a l’œuvre, d’une grande richesse sensorielle, puisque l’on se retrouve absorbé dans des ténèbres pourpres, ou la chaleur moite , le souffle caractéristique et angoissant de l’air pressurisé participe a l’oppression qui devient autant physique que psychique. Le visiteur se retrouve happé face à trois cavités sombres dont il ne peut distinguer les limites. Il est saisi sans pouvoir comprendre ce qui s’empare de lui, archaïsme de l’ultime régression dans la matrice originelle. Retour au préverbal ou seule la sensation purement physique étreint, reportant l’expression analytique.
Entièrement baignée d’un rouge dont les nuances plus fuchsia sont apportées par les variations naturelles de la lumière, on comprend peu a peu que les ombres de l’armature  métallique de la verrière viennent jouer sur des lignes de constructions  de l’œuvre. Elle semble à ce moment là vibrer de son énergie propre, comme respirer. La matière plastique futuriste devient comme charnelle. Etrange impression d’enfermement dans l’abime, l’intra utérin que l’artiste évoque  en disant : « « Je voulais faire trois trous plutôt que trois volumes dans cet espace cruciforme. Il s’agit , je le reconnais d’une référence à l’intérieur, au corps. Cela devient une sorte de Vénus de Willendorf, quelque chose de très féminin. Souffler dans cet espace c’est le rendre « enceinte ».
On peut aussi en expérimenter les contours extérieurs, sans jamais pouvoir l’appréhender dans son intégralité. Il faut faire appel  la mémoire de ce qui a déjà été contourner pour essayer de le saisir et de le reconstituer dans son ensemble.
Il faut dire qu’il s’agit là d’un dispositif unique au monde de par ses dimensions et la qualité de son architecture .Une prouesse technologique a permis l’émergence de cette immense forme constituée de lès de pvc rouges, soudés les uns aux autres et gonflée comme un ballon de 35 mètre de haut, cent mètre de long pour un poids écrasant de douze tonnes.
Cette œuvre  monumentale tout à fait unique se conçoit comme une expérience physique et philosophique, poétique et déroutante.  Elle invite au questionnement, d’abord primitif, de la perte de repère dimensionnel, le besoin de pouvoir embrasser l’œuvre totalement sans parvenir à la saisir, puis apparait un questionnement plus introspectif et méditatif, induit par la soudaine humilité de l’homme face a l’immensité. Elle interroge sur l’objet délivré de sa matérialité, la rencontre entre le temps humain et le temps cosmique, la mémoire du corps, notamment dans ses angoisses archaïques les plus refoulées, la nécessité de la pulsion de vie originelle d’ou suinte aussi la menace d’un engloutissement aux couleurs de l’enfer.

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