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Vu de l’exposition Courtesy à la galerie Da-end

Pour la cinquième année consécutive, la Galerie Da-End réunit un ensemble d’œuvres récentes et anciennes, fruit du travail d’une trentaine d’artistes, afin de constituer son cabinet de curiosités contemporain.

Transformé le temps de l’exposition en theatrum mundi, l’espace de la galerie se fait à nouveau l’écrin de nos découvertes et immerge le visiteur dans un monde poétique et troublant où affleure l’imaginaire des artistes. Au fil des tableaux, dessins, sculptures ou photographies présentés se dévoile une histoire universelle liée au cycle de la vie sur Terre. Croissances, mutations, altérations: ce sont toutes ces évolutions successives dues au passage du temps, mais aussi à l’action de l’homme, que l’on retrouve ici mises en image de manière littérale ou allégorique.

Les oeuvres sélectionnées nous offrent l’occasion de réfléchir aux canons de beauté institués depuis l’antiquité et dont les critères imprègnent toujours l’imaginaire collectif. Ici, point de corps ou de figures sublimées, les questionnements métaphysiques l’emportant au contraire sur toute idéalisation. Prenant le contre-pied des représentations traditionnelles codifiées, les artistes de l’exposition transfigurent leur sujet et expérimentent de nombreux jeux de forme et de matière.

Objet de toutes les transformations, le vivant mute et se renouvelle. Pas une plante, un insecte, une roche ou un homme dont les molécules ne résistent à l’ouvrage du temps, et partout la matière fragile se désagrège, inéluctablement. L’observation minutieuse de la nature génère l’admiration unanime des hommes qui soulignent la richesse de ses textures, ses couleurs, sa biodiversité. Les capacités physiques et cognitives exceptionnelles de certains êtres, aptes à voler, voir dans le noir, se camoufler suscitent aussi notre convoitise et nous tentons, depuis des temps très anciens, par fantasme de toute puissance, de se les approprier.

d’Ovide à Cronenberg, en passant les innombrables mythes et récits de rites chamaniques ancestraux, le Cabinet Da-End 05 explore le thème intemporel de la métamorphose et donne à voir ses multiples incarnations à l’oeuvre.

Avec / With :
 Markus Åkesson, Candice Angélini, Agostino Arrivabene, Marceŀla Barceló, César Bardoux, Blanche Berthelier, Philippe Bréson, Marcos Carrasquer, Cécile de Cassagnac, François Chaillou, Gaël Davrinche, Lola B. Deswarte, Mr Djub, Michel Giniès, Lucy Glendinning, Apolline Grivelet, Céline Guichard, Sarah Jérôme, Lidia Kostanek, Kosta Kulundzic, Cédric Le Corf, Perrine Lievens, Masta, Marc Molk, Virginia Mori, Erik Nussbicker, Pascal Pillard, Axelle Remeaud, Cendrine Rovini, Lionel Sabatté, Toshio Saeki, Satoshi Saïkusa, Bertrand Secret, Shine Shivan, Mitsuru Tateishi, Paul Toupet, Hitomi Ueoka, Ram Singh Urveti, Edwart Vignot & Davor Vrankić.

Avec l’aimable participation de : Galerie Hervé Perdriolle, Galerie SL, Galerie Schoffel-De Fabry, Alexandre Bernand

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Vue de l’exposition Courtesy à la galerie Da-end

Renouvelant avec une pertinence et une puissance de découverte constante l’exercice, souvent convenu, du cabinet de curiosité, la galerie Da-End nous enchante cette année encore et prouve son expertise remarquable sur le sujet. Avec leurs artistes phares, comme avec de nouveaux venus réjouissants, cette singulière galerie de la rive gauche se révèle juste la référence incontestable du cabinet contemporain !

Au sein de cette foisonnante déambulation on peut ainsi apprécier les pièces de Lola B Deswarte, qui travaille autour de la notion de l’enfance, de la famille, du souvenir. Ses sculptures avec des vêtements d’enfants, vêtements qu’elle a souvent porté, broderie de cheveux, troublent, intriguent.
Sur le mode de la magie conjuratoire et de la « pensée sauvage », les pièces de lola B Deswarte mettent en jeu les correspondances sympathiques qui fondent toutes les pensées magiques : réminiscences, traumas, rêves, visions et cauchemars, sont affrontés et résolus dans des formes délicates, parfois violentes, qui sont celles du secret révélé et de la forme dévoilée

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Lola B Deswarte – figure 1

Les paysages anatomiques d’après les planches de Jacques Gautier d’Agoty se sont imposé au fil du temps comme le sujet du travail de Cédric Le Corf. Peu à peu l’homme dépecé se transforme en homme paysage. L’homme, l’arbre et la terre ont en commun de posséder tous trois « une écorce ». Se servant de cette métaphore, l’artiste emploie des racines végétales comme élément paysagé pour y imbriquer os,vertèbres ou rotules en porcelaine. La racine dans son sens étymologique est en effet une partie d’un élément implanté dans un autre. En ce sens il relie la pérennité de l’art à l’homme éphémère.

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Cedric Le Corf -Uterus-Gravidus I, II, 44x24cm, bois et porcelaine, 2014

Lorsque Lionel Sabatté réalise en sculpture une meute de loups, la chair de l’animal est constituée de rebus, de poussière, prélévé dans le métro. Pauvreté des matériaux laissés par des milliers de personnes qui passent et qui tous perdent un peu d’eux mêmes.Dans son travail, la récupération – d’un motif marginalisé,d’un résidu organique (la peau, les ongles), d’un matériau ignoré (la poussière) est le signe du temps qui passe, mais encore une façon de questionner la pratique artistique.
Lionel Sabatté s’interesse à une remontée fantasmée vers les origines. Il interroge le vivant et sa perpétuelle régénération jouant avec les matériaux récupérés ou avec leurs aléas (décomposition, fumée, ect) pour leur redonner corps. Pour le Cabinet, une licorne et un bonzaï  constitué de peaux mortes ont été sélectionnés. De même que son oeuvre de restauration de papillons abimés rachetés car jugés impropre à la vente. Les insectes fragiles se voient alors parés d’un petit corps (en rognure d’ongle…) en leur centre qui les élèvent au rang de créatures féériques. Ou l’art de sublimer par un jeu étonnant qui oscille entre attraction et répulsion…

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Réparation de papillons avec bouts d’ongles par Lionel Sabatté Courtesy de l’artiste et de la galerie Da-End

L’inimitable Pascal Pillard, allure rock et sensibilité romantique autant que sombre nous livre les méandres de son monde imaginaire sous la forme du dessin d’une planète . La planète Mesarias signifie « lubrique ». En effet, en s’approchant plus près, on découvre à travers des entrelacs noueux que ce que l’on croyait végétaux se révèlent étrangement triviaux et organiques….

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Mesarias par Pascal Pillard- encre sur papier 2014 ©artefact Courtesy à l’artiste et la galerie Da-end

Les œuvres de Lidia Kostanek défient et explorent les notions de féminité idéalisée, cherchent à inventer un nouveau rapport au corps. Dans les bustes surréalistes de femme- innocents et sensuels à la fois, inquiétants et transgressifs- on retrouve de nombreux niveaux de lecture. Particulièrement appréciée par sa méthode de fabrication « Raku », une technique de cuisson de biscuits d’argile classique, ensuite passées au four très chaud puis brulées dans des matières combustibles dans un processus avec des branchages. On obtient des craquelures particulières, un effet de matière qui vient renforcer la charge symbolique.

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Lidia Kostanek- Respire – lors du processus de cuisson Raku

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Vue de l’exposition Courtesy à la galerie Da-end © Artefact

Cécile de Cassagnac a développé quant à elle, une pratique multiple allant de grands formats à l’huile sur toile jusqu’à l’assemblage d’objets et de petits insectes. Mais c’est par la pratique quotidienne du dessin, immédiate et spontannée, qu’elle élabore son langage plastique, constitué d’un ensemble de motifs récurrents. Oiseaux, maisons, insectes, arbres, mains, construisent un bestiaire personnel, dicté par diverses modalités d’assemblage, pour donner vie à des organismes hybrides : volatile aux pieds gonflé, main-écorce, créature à trois jambes et bec aile de papillon…

On appréciera le petit détail de l’œil minuscule dans une composition sous cloche, répondant à son aquarelle de l’entrée. L’artiste vit elle même dans un univers très « cabinet de curiosité ». Coup de coeur pour son très beau renard sur échasse. Elle aime à collectionner, récupèrer et revisiter dans un esprit onirique plutôt que macabre.

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Vue de l’exposition Courtesy à la galerie Da-end © Artefact Courtesy à la galerie Da-end © Artefact

Dans la pièce vermillon  : Hitomi Ueoka artiste japonaise, fabrique elle même le papier qui va lui servir de matière à sculpter. Elle a récemment créé une installation d’une dizaine cocons à partir d’univers sous terrains avec une barque, symbole du passage d’un état à l’autre.

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Vue de l’exposition Courtesy à la galerie Da-end

Perrine Lievens déploie un travail sur les ailes de papillons à forte charge symbolique. Elle les manipule jusqu’à les coller sur un bâton de ligne en bois sculpté. L’iridescence naturelle de l’aile cristalise une sorte d’arrêt sur image d’un instantanné de vol de papillon. L’idée de ces lignes est venu d’un rapprochement possible entre les mouvements d’un papillon et la sculpture de Brancusi. Ces lignes pourraient donc évoquer l’idée d’un vol pris en instantanné, qui rendrait visible l’ensemble du mouvement en une seule image comme celle d’une chronophotographie.

Cette évocation s’attache également à rendre visible ce qu’on ne pourrait pas voir à l’oeil nu, et rendre tangible et dense cet instantanné. Les lignes sont constituées d’une centaines d’ailes de morphos Portis Thampyri appliquées sur une structure en bois. Le temps passé à réaliser les pièces importe beaucoup dans ce travail et vient contrarier la fragilité première qu’on se fait de cet insecte. Les facettes des lignes renvoient la lumière différemment selon l’endroit où l’on se situe. La pièce s’anime donc en même temps que le visiteur se déplace dans l’espace et renvoie ainsi au mouvement premier. Belle réponse dans l’accrochage aux boites entomologiques de Lionel Sabatté.

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Apolline Grivelet Vue de l’exposition Courtesy àl’artiste et à la galerie Da-end

Le travail de Apolline Grivelet se constitue de pièces expérimentales, vouées d’une façon ou d’une autre à évoluer dans le temps. Pour chacune d’elle un certain nombre de facteurs sont mis en place, puis les processus chimiques ou biologiques, planifiés ou non prennent le relais. ce sont des évènements discrets, presque imperceptibles à l’œil nu, semblables à milles autres. Le monde qui nous entoure bruisse de leurs nombreuses interactions.
L’œuvre au centre de la mezzanine vermillon est intitulée Les Néothéniques : L’Axolotl (Ambystoma mexicanum) est une salamandre mexicaine qui conserve toute sa vie sa forme larvaire, aquatique, passagère aux autres espèces de batraciens. Nous appelons cette caractéristique la néoténie.Il s’agit pour les axolotls d’une adaptation à un milieu de vie difficile. En ne mutant jamais au stade adulte terrestre, il bénéficie d’un habitat stable et protégé, ainsi que de capacités régénératives exceptionnelles.
Il existe de nombreuses autres espèces d’animaux néoténiques. Parmi eux, Homo sapiens.L’homo sapiens accompagne sa néoténie partielle par un intellect poussé et entreprenant. Il aime s’entourer d’autres animaux qu’il a fait à son image : félins inoffensifs, poneys poupées, mini porcins et autres canins kawaï. L’évolution continue. Qui sait ou notre néoténie nous emmène ?

L’artiste a reproduit cette scène avec un être solitaire dans sa maison accompagnée de ses deux animaux domestiques . Sa recherche sur le vivant, l’évolution nous implique  en recréant un microcosme où règne toujours la confrontation entre humain et animal.

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les collages de Mr Djub Courtesy àl’artiste et à la galerie Da-end

Les Collages superbement encadrés de Mr Djub lui répondent, les stades de l’enfance, la naissance, la reproduction. Avec cette mère éléphant et ses enfants on bascule dans un surréalisme.

La poupée primitive de Lola B De trône à coté d’Axelle Remaud, avec sa superbe chevelure trophée inspirée de la nouvelle de Maupassant, et faisant réagir les psychanalystes visiteurs qui y trouvent l’incarnation très juste d’un fantasme fétichiste. Nouvelle recrue coup de coeur au sein du cabinet, Axelle Rémeaud travaille ces relations substitutives (la réduction d’un tout à la partie, du contenant au contenu, de l’artiste à l’oeuvre) pour exploiter au mieux la plasticité  de notre visibilité libidinale : le fétichisme, le voyeurisme, l’exhibition, en un mot les modalités du fantasme, jusqu’à la plus sadique. Le mécanisme du désir n’est en effet pas ici pure affirmation, il se compose des rejets et des différés dans lesquels se noue la relation à l’objet, selon un jeu bien connu entre pulsions de vie et pulsion de mort. A travers des chignons montés en trophée ou une assemblée de sculptures poings, Axelle Remeaud exploite, avec un réel  souci du matériau, la créativité plasticienne de nos regards intimes.

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La chevelure d’Axelle Rémeaud Courtesy àl’artiste et à la galerie Da-end

Axelle Rémeaud et sa forêt de poings

Axelle Rémeaud et sa forêt de poings

Edwart Vignot conçoit des oeuvres faisant dialoguer l’art ancien et contemporain. Ses installations ont pour point commun de se nourrir exclusivement d’oeuvres provenant de sa propre collection créée très jeune. Avec sa boite énigmatique  Monsieur Holbein, l’artiste a hachuré de noir une reproduction de la Petite Adoration des Bergers (1654) de Rembrandt afin d’en dévoiler une dimension cachée. En effet, tout comme Les Ambassadeurs (1533)  de Hans Holbein Le Jeune, la gravure du maitre flamand présente une image dans l’image, en l’occurrence une de tête de mort, visible depuis un seul point de vue. c’est ce dernier que Vignot met en exergue par le biais d’un petit dispositif en bois plaçant le spectateur à l’endroit désiré, où La petite Adoration des Bergers devient une vanité, et la naissance de Jésus, l’annonce d’une crucifixion.

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La boite d’Edwart Vignot « Aujourd’hui Monsieur Holbein (2015)

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Aujourd’hui Monsieur Holbein – dessin hachuré  à l’intérieur de la boite-Edwart Vignot

 

CABINET DA_END 05  du 28 février au 2 mai 2015

Galerie Da-End | 17 rue Guénégaud | 75006 Paris
+33 (0)1.43.29.48.64. | www.da-end.com | galerie@da- end.com

Métro Odéon (10) ou Pont-Neuf (7)

Horaires : Du mardi au jeudi : 14h – 19h, les vendredis et samedis : 11h – 20h.

Opening hours : From Tuesday to Thursday 2pm – 7pm, Friday-Saturday 11am – 8pm