Cabinet Da-End 04 – du 20 ars au 24 mai 2014

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De la Renaissance à la fin de l’âge baroque, les notables européens ont constitué, sous la forme de cabinets de curiosités, des collections d’objets précieux et énigmatiques produits par l’homme ou fruits de la nature. Pour la quatrième année consécutive, la Galerie Da‐End ravive la tradition de ces «chambres des merveilles» (Wunderkammern) en proposant une exposition collective dans laquelle les œuvres d’artistes contemporains conversent avec d’antiques sculptures tribales. Tout comme les cabinets de curiosités originels se voulaient des reproductions du monde en miniature, le Cabinet Da‐End 04 répertorie, dans ce microcosme qu’est l’espace de la galerie, les multiples visages de la création artistique actuelle.

Malgré l’extrême diversité de styles, dans tous les travaux présentés survit l’esprit du Memento Mori qui rappelle aux êtres la fin inéluctable de tout un chacun.Retraçant le cheminement de l’homme, de la naissance à la mort, tout en évoquant nos luttes intérieures et nos croyances profondes, le Cabinet Da‐End 04 reflète la lucidité parfois inquiète des artistes quant à notre condition. Si les œuvres de l’exposition soulignent notre aptitude à défier le temps qui passe, elles entrainent aussi le spectateur vers des interrogations plus intimes.

Volontairement épuré, le Cabinet de cette année ouvre une porte sur le passé tout en s’inscrivant véritablement dans notre époque. Avec une grande virtuosité technique chacun dans leur domaine, les artistes mettent en lumière la décrépitude des êtres et des matières.

Cette fragilité de l’existence, tel un fil rouge, traverse leurs œuvres et se voit renforcée par l’utilisation notable de verre, de plumes ou de porcelaine. Une thématique dont l’on retrouve également des résonances dans les peintures, dessins et œuvres vidéo sur le corps, l’enfance, la douleur ou dans les vanités photographiques. La confrontation de ces œuvres aiguise la curiosité, invite le visiteur à la découverte et le conduisent irrésistiblement vers des contrées latentes. Des liens surprenants apparaissent alors, faisant naître l’harmonie au milieu du tumulte. Au sein de ce cabinet contemporain à l’atmosphère universelle, la puissance d’étonnement, mais aussi de trouble, reste intacte.

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« Photo Fanny Giniès / Galerie Da-End »

Au sein de toutes ces merveilles, je vous présente pour Artefact mes focus notables. Da-End a souhaité, pour cette quatrième édition, constituer un équilibre entre les artistes présentés habituellement à la galerie (Lucy Glendinnig, Markus Akesson, Kim Duong…) et amener des nouveautés surprenantes pour toujours offrir cette puissance de découverte qu’on leur reconnait.

Lionel Sabatté est des nouveaux arrivants dont on se réjouit tout particulièrement. Sa contribution protéiforme offre dessin, sculpture, peinture et agglomérats de béton et autres matières d’étonnement. On retrouve en petit format son loup en « mouton de poussière » découvert au muséum d’histoire naturelle lors de la Fiac 2011. Tel le chasseur cueilleur primitif, il traque sa matière première à la station « Châtelet–les-Halles ». Son dessin en poussière, non identifiable au prime abord, révèle également son gout pour les matériaux vivants, fussent-ils des déchets, auxquels il apporte une sublimation. Il démontre aussi à travers une peinture son autre versant moins figuratif mais usant d’un jeu de taches dans lesquelles on va se projeter et reconnaître différentes formes, comme une sorte de test de rorschach. Elles vont évoquer un visage ou un animal, un peu à la façon d’un cadavre exquis qui joue avec la potentialité imaginative du regardeur. Son œuvre en béton sur papier, étonnant dans son rapport à la matière, aux volumes porte le nom curieux de l’échaffaudage introspectif. Il nous sollicite mentalement à travers une grande maitrise plastique.

Lionel Sabbatté Courtesy de l'artiste et de la galerie da-End

Lionel Sabbatté
Courtesy de l’artiste et de la galerie da-End

Echaffaudage introspecif, Sabatté Courtesy de l'artiste et de la galerie da-End

Echaffaudage introspecif, Sabatté
Courtesy de l’artiste et de la galerie da-End – copyright artefact photography

Lionel Sabatté- poussière sur papier- Courtesy de l'artiste et de la galerie da-End

Lionel Sabatté- poussière sur papier- Courtesy de l’artiste et de la galerie da-End

Curiosité conceptuelle et émotionnelle, cette année une œuvre vivante prend place pour la première fois au sein du cabinet. L’expérimental Gilliart de Apolline Grivelet apparait comme un Memento Mori sous-marin évolutif. Dans un aquarium, du corail vivant est greffé à un véritable crâne humain et vient le recouvrir à terme, pour proclamer la victoire de la vie. De petits animaux marins évoluent naturellement autour de cet étrange récif. Le postulat de départ étant que le corail greffé à l’os – de part une structure assez similaire -, puissent vraiment l’utiliser comme substrat, se développer, venir l’enluminer, le couronner, en faire une sorte de sépulture en activité. Les coraux venant compléter les limitations de l’être humain, une sorte de symbiose se créerait alors, comme celle existant entre les algues microscopiques dans les tissus des coraux qui lui permettre de vivre en se nourrissant de lumière. Cette fois-ci en redonnant de la chair, des organes au crâne.

Comme cette démarche est expérimentale, le scenario est autre. La dissolution du crâne dans l’aquarium produit des substances qui s’avèrent assez toxiques pour le corail, ralentissant sa repousse, d’où une lutte un peu inégale entre les animaux de ce microcosme et l’os humain, à l’image des problèmes qui existent aujourd’hui au cœur des océans… L’artiste se voit même contrainte à terme de remplacer le crâne par une réplique, si elle souhaite maintenir son postulat de proclamation de la vie….

Gilliatt,2013-01-1 Apolline Grivelet courtesy de l'artiste et de la galerie da-end

Gilliatt,2013-01-1
Apolline Grivelet
courtesy de l’artiste et de la galerie da-end

Autre curiosité, cette fois anecdotique en contrepoint, on découvre la photographie d’une tête de guillotiné dans un bocal de formol. Le photographe a appris que la tête d’un présumé assassin guillotiné devait passer aux enchères à Drouot en 1987, il a contacté l’expert, a demandé à placer la tête sur une petite table de jardin pour la photographier, la fixer en trace documentaire, sans aucune intervention plastique. Subtil jeu d’attraction répulsion de part la force du sujet, qui évoque le corps médical et en même temps l’histoire étrange et sulfureuse du présumé assassin, dont la légende veut qu’elle ait été achetée par un des derniers bourreaux français en activité dans les années 80.

Michel Giniès - Tête de guillotiné vendue aux enchères en 1987- courtesy del'artiste et de la galeri da-end

Michel Giniès – Tête de guillotiné vendue aux enchères en 1987- courtesy del’artiste et de la galeri da-end

La sculpture du jeune artiste français basé à Berlin Cédric Le Corf Radius Cubitus, est élaborée à partir d’une racine de platane. Il a spécialement créé de l’os en porcelaine autour d’elle, creusant le bois jusqu’à parfaite imbrication des formes, donnant lieu à une hybridation entre l’objet manufacturé par l’homme et le végétal. La fusion de ces deux mondes évoque l’être humain dans sa complexité. Acquis et innée, naturel et artificiel, matière brut et adjonction d’un artefact simulant la nature se retrouvent intriqués avec poésie.

 

détails courtesy dela galerie da-end- copyright artefact photography

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courtesy dela galerie da-end- copyright artefact photography

cabinet-da-end-Pascal-Haudressy_ courtesy de l'artiste et dela galerie da-end

cabinet-da-end-Pascal-Haudressy_ courtesy de l’artiste et dela galerie da-end

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détails-courtesy dela galerie da-end- copyright artefact photography

Pascal Pillard - carnet d'un naturaliste de l'intime- courtesy de l'artiste et de la galerie da-end

Pascal Pillard – carnet d’un naturaliste de l’intime- courtesy de l’artiste et de la galerie da-end

Comme chaque année, la galerie Da-End aime à faire se confronter les périodes et les origines les plus diverses en art. On retrouve de l’art tribal avec des pièces extrêmement anciennes, comme des silex préhistoriques de trois cent mille années d’existence, un certain nombre d’objets funéraires qui viennent de divers endroits du monde qui ont entre deux et trois mille ans conversant de façon émouvante avec les œuvres numériques de Pascal Haudressy par exemple (pour aller au plus contrasté).Le cœur numérique flamboyant de Pascal Haudressy interpelle par ses battements familiers et rompt avec les tonalités sourdes et monochromes environnantes. Il donne une ponctuation impactante au tableau d’ensemble.

Samuel Yal offre quant à lui la vision d’un corps qui part en morceaux. De délicats fragments d’un corps humain semblent léviter et décomposent ce qui le constitue son habituelle représentation. Une belle évocation métaphorique de la fragilité, notamment au travers du matériau employé, la porcelaine si délicate. Non loin, un autruchon naturalisé côtoie un fanon de baleine. Cette forme non identifiée, – leur permettant de filtrer le plancton- est étonnement plus évocatrice d’un végétal que d’une appartenance au monde animal.

Majestueux, le corbeau de Mathieu Miljavac, orne également l’étagère. Cet artiste français a étudié la taxidermie en Ecosse ce qui lui permet de réaliser ses propres naturalisations. Il a confronté une corneille aux ailes déployées à une structure en laiton, à la fois armure et forme géométrique superposée à la forme naturelle dans un contraste inattendu et hautement réjouissant.

François Chaillou est un artiste formé à Carrare en Italie, travaillant différentes matières, la cire, le bois mais aussi le marbre. Les pièces choisies sont exécutées dans des cires médicales que l’on voit dans des collections anciennes, mêlées à de la cire d’abeille. L’expression paisible du visage réalisé donne une juste évocation du Memento Mori.

Pascal Pillard a décoré les deux côtés d’un carnet japonais. Avec finesse et complexité, une ornementation végétale grimpe et serpente, à la manière d’un travail naturaliste hors du temps. La poésie affleure comme toujours dans son univers sombre et élégant.

Jun Takahashi - Grace

Jun Takahashi – Grace – courtesy de l’artiste et de la galerie da-end- copyright artefact photography

Paul Toupet - face au mur- courtesy de l'artiste et de la galerie da-end- copyright artefact photography

Paul Toupet – face au mur- courtesy de l’artiste et de la galerie da-end- copyright artefact photography

La mezzanine vermillon, toujours expérimentale, devient le théâtre d’une chambre d’enfant à la fois drôle, étrange et inquiétante. Sont mis en scène des personnages liés à l’enfance, une peinture de Mike Mackeldey, des dessins de Marcel·la Barceló, un dessin de DavorVrankić (exposition précédente) et des objets totemiques. Ici, ce dernier donne à voir un cheval qui peut ressembler à un jouet de chambre d’enfant et des sculptures.

La pratique artistique de Mike Mackeldey consiste à lier deux niveaux de représentation. Il possède une grande technique où il aboutit une peinture académique qu’il va personnaliser par un second geste « saccageant le trop lisse ». Il brosse sa peinture, la floute pour y superposer un dessin enfantin, pour apporter une nouvelle écriture beaucoup plus brute et spontannée. Comme un gribouillage sur une peinture classique.

La sculpture pour le moins énigmatique qui trône dans la mezzanine est une création l’artiste Jun Takahashi. Ce designer de mode japonais, en parallèle de sa production dans la mode, conçoit un travail artistique autour de l’élaboration d’une famille de petites créatures nommée Grace. La forme rappelant des contours humains possède de façon incongrue un phare de moto en guise visage, elle est habillée d’une robe vintage et ornés de bijoux anciens avec préciosité. Son corps est constitué de morceaux de peluches. On retrouve l’attrait « kawaï » à la japonaise à travers les codes du monde de l’enfance mais toujours avec un tournant vers le bizarre.

Paul Toupet, donne la réplique à Grace avec une sculpture également très interpellante, qui semble être un enfant puni affublé d’un masque de lapin. Les sculptures totémiques de Jean Luc Parant parachevant le tableau avec ses étranges boules en cire dans lesquelles sont enchâssées des cornes ou des têtes de brochet. Connu pour ses herbiers anciens retravaillés, on peut également apprécier son œuvre composée de dessins à la plume et de véritables plumes de paons et de faisans.

Jean Luc parant- Herbier aux plumes de paons- courtesy de l'artiste et de la galerie da-end- copyright artefact photography

Jean Luc parant- Herbier aux plumes de paons- courtesy de l’artiste et de la galerie da-end- copyright artefact photography

Kim Duong -en sommeil 2

Kim Duong -en sommeil 2 – courtesy de l’artiste et de la galerie da-end- copyright artefact photography

Kim Duong- en sommeil détail

Kim Duong- en sommeil détail- courtesy de l’artiste et de la galerie da-end- copyright artefact photography

Une partie de la pratique artistique de Lucas Weinachter consiste à créer des boites ou des globes à l’intérieur desquels il assemble, un peu sur le mode des surréalistes, divers objets trouvés sur son chemin, ou chinés au hasard de ses voyages. Ici, il prend comme pièce maitresse de sa composition un tatoo naturalisé,- animal phare des cabinets de curiosité- auquel il a ajouté des aiguilles à coudre, des pinceaux, divers objets qui donne un ensemble assez étonnant, teinté d’absurde et de poésie.

L’œuvre de verre filé de kim Duong, les petits filaments de verre liés les uns aux autres, maillons après maillons crée ce réseau délicat si évocateur de la fragilité par trois œuvres ayant trait à la maternité, à la figure de l’enfant, du fœtus.

Si le style des dessins volontairement éclectique que l’on rencontre à la galerie Da-End s’étend de l’académisme le plus détaillée, à une œuvre résolument contemporaine dans l’esprit bande dessinée, je garde un coup de cœur pour l’artiste grinçant Marcos Carrasquer. Si sa technique n’est pas sans référent à Gustave Doré, la crudité de ses sujets malgré tout poétiques provoque un émoi constamment renouvelé, à l’image de ce sublime cabinet de curiosité. La galerie Da-End s’impose dés lors comme maitre incontesté de l’exercice, dans sa créativité et sa pertinence contemporaine, il renouvelle le genre avec un brio qui va croissant.

Avec des œuvres de: Markus Åkesson, Kunihiro Akinaga, Marcel·la Barceló, Blanche Berthelier, Philippe Bré son, François Chaillou, Kim Duong, Ellen Ehk, Matsui Fuyuko ,Lucy Glendinning, Michel Giniès, Apolline Grivelet, Céline Guichard, Pascal Haudressy, Toshimasa Kikuchi, Aki Kuroda, Cédric Le Corf, Mike Mackeldey, Mathieu Miljavac, Jean‐Luc Parant, Krystyna Pieter, Pasca Pillard, Cendrine Rovini, Lionel Sabatté, Satoshi Saïkusa, Jun Takahashi,PaulToupet,Davor Vrankić, Lucas Weinachter, Samuel Yal…

Du 20 mars au 24 mai 2014 à la galerie da-end

DA-END
17 rue Guénégaud
75006 PARIS
Tel +33 (0)1 43 29 48 64
www.facebook.com/galerie.daend

Horaires :
Du mardi au vendredi de 14h à 19h, le samedi : 11h – 19h et sur rendez-vous.
Métro Odéon ou Pont-Neuf