Portrait CP 1

Christian Prunello devant sa fresque « Petit déjeuner psychédélique » huile sur papier
147 x 10m – photo Anne-Claire Plantey pour Artefact

Christian Prunello est un artiste peintre né en 1971 en Argentine, vivant à Paris depuis 2010. Il s’initie à la peinture et à la photographie au Centre Culturel Ricardo Rojas. Pour le dessin et le modèle vivant ce sera à l’Estimulo de Bellas Artes de 1996 à 2000. Il a également exposé en Argentine, au Brésil et à Londres.

Christian Prunello investit aujourd’hui la galerie Talmart de sa peinture à l’huile, renouvelant ce medium traditionnel et le classique de ses sujets par un œil photographique. Instinctivement, il capte un paysage réapproprié par son cadrage et sa palette chromatique, agissant comme un filtre qu’il rend autant harmonieux qu’étrange.

Sa couleur de prédilection porte le nom évocateur de Caput Mortuum. Il l’utilise principalement sur la toile, faisant varier son pourcentage entre dix et quatre vingt dix, le réchauffant parfois d’une pointe de jaune pour neutraliser le reflet violet bleuté qu’elle va naturellement développer. Cette singulière couleur donne même son son nom à l’exposition. Il s’agit d’un pigment brun-rouge (entre l’ombre naturelle et l’ombre brûlée) à tendance violacée, obtenu depuis le xvie siècle jusqu’au xixe siècle par broyage des corps carbonifères de momies….. Elle est porteuse d’une charge historique et d’une aura particulières, puisque situées dans cette ambigüité du reliquat de mort qui passe à postérité. Le recyclage du disparu qui va laisser une empreinte éternelle.

En ce qui concerne son sujet, l’artiste œuvre dans une quête qui verrait s’abolir les frontières entre le paysage et l’homme, tout deux fruit d’une même nature créatrice. Dans ce désir d’harmonie absolue, ce fantasme sous jacent d’unification idéale au sein d’un grand tout, il renverrait dans un premier temps à Rousseau faisant de l’homme un être à la fois « physique et métaphysique ». Autrement dit, l’homme dans son côté naturel, par son instinct de conservation (satisfaction des besoins naturels nécessaires à sa survie) recèle aussi un côté perfectible, puisqu’il se dénature à chaque fois, en vue de répondre efficacement aux nouvelles réalités qui s’offrent à lui.

caput mortuum

Que el fuego arda ! 2014, huile sur toile, 165 x 180 cm

0000.contraste, huile sur toile, 2013, 100x130cm (2)

Contraste, huile sur toile, 2013, 100x130cm

autoportrait

Foreign land, 2014, huile sur toile 165 x 198cm

L’artiste se refuse quant à lui à toute séparation essentielle voire nano moléculaire dans sa vision de « produit de la nature ». Il tente l’exercice périlleux de l’équilibre moitié humain  / moitié paysage.

L’esthétique de Christian Prunello qui soigne ses détails de façon réaliste est empreinte d’une nostalgie  qui reviendrait vers la lumière. L’exposition monographique à la galerie Talmart voit cohabiter une fresque de 10metres d’un pan de nature parasite, un arbre mort semblant émerger d’une terre mystique et des portraits reflétés sur fond de paysages comme sur une vitre de train.

Une série plus ancienne de portraits petit format sur bois s’accroche tête renversée comme une grappe de chauve souris énigmatiques aux parois de la cave voutée.

La fresque de 10mètres exécutée avec une technique picturale – qui emprunte à l’impressionnisme par endroit autant qu’à la photographie panoramique-, joue sur le rythme d’une nature sauvage dans une perception chromatique inhabituelle. Le liseron commence à apparaître par petites touches violettes au sein d’un bosquet, puis vient le ponctuer, avec une sorte de musicalité le long de la fresque, en une métaphore du rapport humain. Le liseron, cette fleur grimpante séduisante au prime abord, parcourt les buissons pour achever la fresque en entrelacs végétaux foisonnants.  Jusqu’à les étouffer mortellement, à l’image de ce qui peut tisser le rapport social de façon inéluctable. Le poétique pan de nature exhale alors un charme vénéneux.

el arbol soy yo, 2008 huile sur toile 150x180cm

el arbol soy yo, 2008 huile sur toile 150x180cm

L’arbre mort dont il ne subsiste que la structure blanchâtre fantomatique, émergeant d’un univers doucement inquiétant, nous signale qu’il incarne l’artiste : « l’arbre c’est moi». Un arbre mort mais dans cette blancheur lumineuse, aux détails nets qui le place au centre absolue du tableau, le fond étant un lavis brumeux.Une mort omniprésente, attractive, phallique et glorieuse. Une mort dont on ne sait si elle constitue l’ultime déclin où si elle renait de ses cendres par quelques sortilèges miraculeux.

L’exercice du portrait, quant à lui, existe dans cette représentation ambiguë qui le révèle autant qu’elle le soustrait à une réelle perception de ses contours. Une intrigue se dessine, force l’imaginaire et le fantasme. Le jeu de plans raisonne comme différentes strates de perception de la conscience. Le processus est renforcé par l’utilisation des clairs obscurs.
Les frontières avec la photographie deviennent alors poreuses dans cette évocation d’une présence reflétée sur une vitre, tandis que la profondeur de champs nous perd dans une nature floue et infinie. Un peu à la façon d’un Gerhard Richter qui entendait faire de la photographie avec un autre medium.

L’artiste use du reflet comme un outil pointant la prédominance de l’apparence sur le réel dans notre société contemporaine. Le reflet comme la surface molle de nos projections psychiques, embellies, déformées, atténuées. Le reflet comme l’essence  de l’être qui se dérobe au regard de l’artiste, traduction directe de cette trace mnésique qui garde tout son mystère. Le reflet comme ultime représentation du souvenir, du deuil, de l’évocation dématérialisée…

La galerie Talmart présente CAPUT MORTUUM Christian Prunello Vernissage jeudi 10 juillet à 18h exposition du 11 au 24 juillet 2014-  22, rue du Cloître Saint-Merri 75004 PARIS – France  tél. +33 (0)1 42 78 52 38  contact@talmart.com                                                                                   Du mardi au samedi de 11h à 19h.

site de l’artiste : Christian Prunello