Catholicar 2014 huile sur toile

Catholicar 2014
huile sur toile

La peinture de Filip Mirazovic apparaît de facture classique et perpétue avec exigence le savoir-faire de ses maîtres. Pour autant, elle s’inscrit dans une mouvance résolument contemporaine en ses assemblages comme en son propos. Selon Georgio Vasari deux polarités s’opposent dans l’approche picturale: l’une féminine le venusien, l’autre masculine la terribilità. Tout ce qui est au départ très organisé, chose de l ‘esprit, allant progressivement du concept à un rendu visuel verse dans la polarité féminine. Mirazovic, en bon tenant de la terribilità, s ‘élance quant à lui sur la toile en une attaque immédiate. Comme un sprinter, toute âme sortie, sans ménagement aucun, il sinue avec son lot d’errance à une finalité relativement chaotique …

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Le peintre opère un travail d’hybridation, combinant deux mondes (dimensions) dans un flottement onirique : un intérieur grand bourgeois, un démonstratif espace de pouvoir, dans lequel une nature sauvage et majestueuse semble reprendre ses droits, en mode post-apocalyptique. Mais il ne s’agit nullement ici de narration générique. Il s’agit de composer à partir des fragments du réel un autre ensemble signifiant, un espace alternatif mais cohérent, fonctionnant avec ses règles propres, son éthique, sa physique particulière.
Dans cette nouvelle série de peintures, Mirazovic cherche à sortir subtilement du décor ultra codifié de ces lieux de pouvoir, composés de lambris, de beaux fauteuils, de lustres, de candélabres… Le cadre devient à présent trop vaste pour que l’action y demeure circonscrite, une sorte de brume s’y prélasse…

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On peut apprécier également une introduction de la figure humaine qui va jouer sur une échelle symbolique, chaque élément étant proportionné selon sa signification et son rapport au sujet. Ainsi sa lumière combine des points de focales multiples, des profondeurs de champs parfois irréalistes. La source de lumière directionnelle et principale (souvent en provenance de la fenêtre) se révèle couplée à des lueurs « mystiques » comme d’origine divine, apostrophant la scène et y magnifiant un détail choisi.
En une ellipse singulière, les vestiges d’un certain passé qui continuent à exister dans le présent ( reconduits par l’histoire des hommes, amenés à se perpétuer en un « eternel retour ») , renvoient finalement à une intemporalité qui appuie le propos politique de l’artiste.

Michel Onfray dans son ouvrage « La métaphysique des ruines » glisse du champ sémantique de l’art pour celui de la religion. La peinture baroque de Monsù Desiderio qu’il explore illustre parfaitement la Contre-réforme catholique. Elle est la métaphore de l’effondrement de la civilisation chrétienne à travers ses constructions désolées, ses monuments en ruine.
Avec sa « Catholicar », une Cadillac tronquée tractant une cathédrale sur son toit, à l’arrêt malgré ses phares arrières allumés, -comme empêchée d’avancer -, Mirazovic donne une malicieuse réplique contemporaine à cette vision.
De même que le philosophe Sloterdijk a postulé le lit a baldaquins comme l’un des symboles de l’expansionnisme occidental, dont « le ciel » s’exporte dans les colonies comme une protection privilégiée à soi dans un ailleurs, l’artiste use et abuse d’objets emblématiques, pour pointer les pathologies de l’occident, sa décadence inéluctable, l’obsolescence de son système et la persistance de ses élites. Ici l’assemblage « surréaliste » se fait le symptôme ou le miroir de l’état de notre monde.
Il faut une réelle ambition formelle pour que l’utilisation vorace des références historiques et stylistiques (nombreuses) ne cèdent en rien à l’apparat, au « show off », mais se révèlent, au contraire, parfaitement maturées, naturelles, désirables. La tension érotique implicite au courant du romantisme noir, émane souvent chez Mirazovic et s’incarne même parfois avec jubilation . Maniant une technique classique dont il étire audacieusement les limites, on est emporté dans une réalité recomposée et maintenu dans un vertige pour le moins maitrisé.
Ces scènes théâtrales à haute teneur poétique délivrent alors des paysages sombres sous des ciels tourmentés, offrant pourtant des issues de secours afin de se maintenir paradoxalement dans la lumière.

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Exposition du 17 novembre au 30 Novembre 2016

10 rue Béranger 75003 | Du mardi au samedi 11h/19h
T. +33 (0) 6 64 69 26 68 | contact@galeriemariskahammoudi.com