The Woods II, Oil on canvas, 170x150cm, 2012

The Woods II, Oil on canvas, 170x150cm, 2012
Courtesy de l’artiste et de la galerie Da-End

( French article with english translation)

Après avoir admiré le tableau de Markus Âkesson « the Lily » lors de l’élaboration de son troisième cabinet de curiosité,  la galerie Da-End  nous invite à découvrir une série d’oeuvres récentes de ce peintre et sculpteur suédois, pour sa première exposition personnelle en France du 21 septembre jusqu’au 2 novembre, au 17 rue Guénégaud 75006 PARIS.

Comme toujours, cette galerie-demeure nous immerge dans une atmosphère inhabituelle et feutrée. Enveloppées de ténèbres, les œuvres semblent irradier nous entrainant pour une promenade nocturne au cœur d’une forêt nordique.

Né en 1975, Markus Åkesson compose des peintures figuratives à l’atmosphère pesante et poétique. Le tableau The Woods II constitue le point de départ du voyage fan- tasmagorique auquel Åkesson nous convie ; un voyage à travers les denses forêts scan- dinaves où la faune et la flore côtoient le monde des hommes. Les éléments aquatiques et végétaux aux couleurs crépusculaires, les terreuses tourbières et mares sombres au cœur de la forêt, constituent un hymne à la nature et aux légendes nordiques.

Entre chien et loup, la frontière s’étiole aussi entre rêve et réalité. C’est dans cet interstice quelque peu indistinct qu’Åkesson aime à se positionner. Du réel, il nous transporte peu à peu vers l’outre-monde, dans un mouvement de catabase aussi bien psychique que métaphorique. Au fil de ses différents tableaux, Markus Åkesson explore le thème orphique de la descente aux Enfers. En franchissant les limites du monde des vivants, les protagonistes de ses œuvres bravent leurs peurs et l’obscurité. Leur trajet initiatique se meut en véritable rite de passage, ponctué d’épreuves physiques et de questionnements spirituels.

L’atmosphère de mystère qui règne est renforcée par la palette lumineuse et soutenue du peintre. La composition de ses tableaux, pensée comme une mise en scène cinématographique, révèle en filigrane un contenu particulièrement riche du point de vue psychanalytique. En mettant en image des enfants à l’épreuve, c’est au fond la profondeur du tumulte de l’esprit qu’il donne à voir. Plus que du folklore scandinave, c’est du genre littéraire du roman d’apprentissage que l’on peut rapprocher ces toiles.

En outre, quelques sculptures de verre de l’artiste évoquant elles aussi la faune terrestre et sous-marine seront présentées. Originaire de la région de Småland, berceau de l’art verrier suédois, Markus Åkesson garde un attrait tout particulier pour ce matériau, avec lequel il crée des œuvres totémiques aux formes organiques. « Mes objets décorés font référence aux objets de culte qui jadis offraient aux hommes un lien avec un monde fictionnel, pour palier à ces moments où la réalité est vaine et statique, » explique t-il.

The Woods (Insomnia), oil on canvas, 2013, 170x150cm "Courtesy de l'artiste et de la Galerie Da-End".

The Woods (Insomnia), oil on canvas, 2013, 170x150cm
« Courtesy de l’artiste et de la Galerie Da-End ».

Black Pond IV, Oil on canvas, 38x46cm, 2013 Courtesy de l'artiste et de la galerie Da-End

Black Pond IV, Oil on canvas, 38x46cm, 2013
Courtesy de l’artiste et de la galerie Da-End

Black Pond, Oil on canvas, 170x150cm, 2013 courtesy de l'artiste et de la galerie Da-End

Black Pond, Oil on canvas, 170x150cm, 2013
courtesy de l’artiste et de la galerie Da-End

Entretien avec Markus Âkesson par Anne -Claire Plantey pour ATEFACT

Comment décririez-vous l’esthétique et l’ambiguïté de vos oeuvres ?

– Je pense que l’ambigüité est importante pour une oeuvre. Cela pousse le public à remplir les vides et rendre l’expérience plus forte. L’art est toujours, dans un certain sens, un dialogue avec le public.
En ce qui me concerne personnellement, j’aime conserver dans mon oeuvre les questions dont je ne connais pas les réponses ; cela lui  permet parfois de vivre sa propre vie.

Diriez-vous que votre œuvre exprime principalement l’angoisse ou tend vers une espérance ?

– Aucun des deux. J’aime voir les oeuvres plutôt comme des présentations simples de situations ou de scènes. Mais naturellement, le spectateur peut y voir d’autres choses,  parce que l’on met toujours ses propres attentes et expériences dans ce que l’on voit. J’essaie de ne pas trop accentuer cette forme d’expression.

Votre art s’affirme-t-il comme une nouvelle expression du figuratif?

– Pas vraiment. J’essaie de ne pas trop penser aux techniques de peinture. J’aime penser à l’histoire comme l’essence de l’oeuvre et je ne veux pas en être distrait. Je m’intéresse aux techniques et, naturellement, j’aime en parler, mais plutôt d’une manière simpliste.

Quels matériaux, formes et techniques utilisez-vous ?

– En premier lieu, les peintures à l’huile, mais de temps en temps c’est agréable de travailler avec des sculptures. La raison pour laquelle je travaille avec du verre en tant que matériau, c’est que j’ai réellement débuté en tant  que graveur sur verre lorsque j’avais une vingtaine d’années, avant que je devienne un artiste. Ce matériau m’est donc familier, comme un vieil ami.

Vous exposerez en solo à la galerie Da end à Paris. Que pouvez-vous nous dire du choix des œuvres exposées ?

En fait, la plupart des oeuvres sont faites pour cette exposition. J’ai commencé à peindre pour cet événement au printemps dernier. A quelques exceptions près, j’aime travailler de cette façon. J’aime voir la globalité de l’exposition comme le corps de l’oeuvre, une série de tableaux dont l’ensemble raconte une histoire. Les sculptures sont intentionnellement sélectionnées pour s’accorder avec les tableaux.

En tant qu’artiste peintre qu’est ce qui guide la palette des couleurs que vous choisissez d’employer ?

– C’est un processus étalé dans le temps  qui m’a conduit à établir des gammes de couleurs. Lorsque j’ai commencé à peindre, j’ai tout d’abord utilisé une palette complètement différente. Mais l’utilisation de la couleur est une recherche qui se poursuit tout au long de la vie. On ne peut jamais connaître entièrement le sujet.

Vous avez grandi  et vivez dans une region ou vous avez ete   initie a l’art des maitres verriers, la réappropriation de ce savoir faire dans votre sculpture s’averre a la fois organique et végétal. Outre la maitrise technique et la beauté surprenante qui emane de ce rendu, quel est le fil conducteur qui relie vos deux medium de predilection ?

– Tout d’abord, je dois dire que je ne souffle pas les objets moi-même. Je travaille avec un souffleur de verre extrêmement habile, Micke Johansson, qui a son studio près du mien. Notre collaboration repose sur la fabrication de ses objets d’après mes croquis, mais je les grave moi-même. Il n’y a réellement aucun lien évident entre la peinture et le verre et c’est pourquoi j’aime travailler avec des objets en verre de temps en temps, parce que c’est très différent. Mais naturellement, il y a un lien important dans le thème de mon oeuvre.

Quelle place tient la nature dans votre existence ? Elle transparait dans toute votre peinture et plus encore de votre sculpture.

– La nature peut vous donner une perspective forte de la vie, l’impression de l’infime importance de votre place dans le monde. Je crois que l’expérience spirituelle de la nature vient remplir un certain besoin pour les gens dans une société laïque.

Vos enfants et leurs amis vous servent de modèles, est ce principalement à titre de représentation ou puisez vous également dans l’observation de leurs comportements et jeux ?

– Il y a principalement des acteurs, mais quelquefois j’ai été inspiré par la façon qu’ont les enfants de créer alternativement les réalités et hiérarchies.  Mais les tableaux ne sont pas des portraits dans le sens qu’ils reflètent une certaine personalité de modèles.

Qu’est ce qui vous a donné envie de consacrer votre œuvre a un thème particulier?

– Je pense qu’il s’agit d’un lent processus dans le temps pour trouver ce qui est intéressant. Je commence à travailler avec quelque chose qui me conduit vers autre chose, et ainsi de suite. Mais il est important de ne pas avoir toutes les réponses, car c’est le fait que je puisse trouver dans le processus de travail quelque chose dont je n’avais pas conscience, qui contribue à le rendre aussi intéressant.

Definissez ce que constitue l’art est pour vous. Que represente t’il, a quoi fait il écho profondement en vous ?Pourquoi ressentez vous le besoin de créer ?

– Je pense que je définis l’art comme quelque chose qui nous invite dans un  autre monde. Je poursuis cette démarche lorsque je travaille, et j’y arrive de temps en temps. Comme avec les drogues, mais d’une manière saine.

Comment voyez-vous l’évolution de votre art dans le futur ?

– Je n’en suis pas sûr, et c’est en partie ce qui rend intéressant pour moi le fait de continuer à travailler. Cela serait beaucoup moins passionnant autrement.

Xenos (mat) Blown glass, silicone mounted 154 cm, 2010Courtesy de l'artiste et de la galerie Da-End

Tic Pastor (Ornamented Blown glass, engraved, sandblastered 32 cm, 2013)
Courtesy de l’artiste et de la galerie Da-End

Xenos, 154cm, blown glass courtesy de l'artiste et de la galerie Da-End

Xenos, 154cm, blown glass
courtesy de l’artiste et de la galerie Da-End

After having admired the painting of Markus Akesson “the Lily” during the elaboration of its third curiosity cabinet, the Da-End Gallery invites us to discover  a series of new works  of this Swedish painter and sculptor, for his first personal exhibition in France from September 21st till November 2nd, taking place : 17 rue Guénégaud, 75006 PARIS.

As usual, this residence-gallery immerges us in an unusual and muffled atmosphere. Surrounded by darkness, the works seam to irradiate, leading us to a nocturnal walk in the heart of a Nordic forest.

Born in 1975, Markus Åkesson creates figurative paintings with a burdensome and poetic atmosphere. The artwork entitled Black Pond represents the starting point of the phantasmagorical journey to which Åkesson invites us; a journey through the dense Scandinavian forests where the fauna and the flora stand alongside the humans’ realm. The dusky-colored aquatic and vegetal elements, the muddy peat lands and the small ponds deep in the woods, form a hymn to Nature and to Nordic legends.

At nighfall, the boundaries between dreams and reality shade off. It is this indis- tinct interval that Markus Åkesson likes to explore. Slowly, he takes us to the hereafter, in a metaphorical and psychical movement of catabasis. Through his paintings, Åkesson revisits the Orphic theme of the descent to the Underworld. Serving as a membrane, the water surfaces he depicts symbolize the passage between worlds. By crossing the limits of the living world, the protagonists in his artworks defy their fears and the darkness. This initiatory trip appears to be an actual rite of passage, scattered with physical hard- ship and spiritual questioning.

The mystery atmosphere that prevails is accentuated by the luminous and intense palette of the painter. Filled with symbols, the cinematic scenes imagined by Markus Åkesson implicitly reveal a complex psychoanalytical content. By picturing children in troubling situations, Åkesson emphasizes in fact the depth of the spirit’s uproar. The introspective quality of this body of work seems to borrow from the literary genre of the coming-of-age Roman, even more than from Scandinavian folklore.

Lastly, several glass works, evoking the terrestrial and underwater fauna as well, will be exhibited. Hailing from the province of Småland, incidentally known as the King- dom of Crystal, Markus Åkesson retains a particular appeal for this material, with which he creates totemic sculptures with organic shapes. “My decorated objects relate to the ‘cult-objects’ that in past times offered mankind a channel to a fictional world for those moments when reality seems static and pointless,” he explains.

Courtesy de l'artiste et de la galerie Da-End

Courtesy de l’artiste et de la galerie Da-End

Courtesy de l'artiste et de la galerie Da-End

Courtesy de l’artiste et de la galerie Da-End

Interview Markus Âkesson by Anne-Claire Plantey for ARTEFACT

– How could you describe the ambiguity and the aesthetic appearance of your Works of art ?

– I think the ambiguity is important for a work. It pushes the audience to fill in the gaps and makes the experience stronger. Art is always to some extent a dialogue with the audience. For me personally, I like to keep matters in my work for which I do not know the answers to, it somehow gives to the work an ability to live its own life.

 Would you say your Works is driven mainly by anguish or hope ?

– Neither. I like to see the works as rather dry presentations of situations or scenes. But the spectator, of course, might see other things, because you always put your own experiences and expectations in what you see. I try not to overemphasize that kind of expressions.

 Do you want to express a new figurative vision in your art ?

– Not really. I try not to think too much about painting techniques, I like to think of the story as the essence in the work and I don´t want to be distracted from that. I am interested in techniques and like, of course, conversations about them, but more in a nerdy kind of way.

– What materials, forms and technical do you use ?

– First of all, oil paintings, but from time to time, it´s nice to work with sculptures. The reason why I work with glass as a material, is because I actually started out as a glass engraver when I was in my twenties, before I was an artist. So I am familiar with the material, it´s like an old friend.

– In your solo exhibition at Da end gallery in Paris, what is your way of your pieces selection ?

– Actually, most of the work are made for this exhibition. I started to paint for this event last spring. With a few exceptions, I like to work in this manner. I like the see the whole exhibition as one body of work, a series of paintings that put together tell a story. The sculptures, though, are selected to fit in with the paintings.

– As a painting artist, how do you choose the range of colors to use ?

– It´s a process over time that led me to certain colors ranges. When I first began to paint, I used a completely different palette. But the use of color is a lifelong investigation, you can never learn everything about it.

You have grown up and you live in a land where you have been initiated to the art of glass-blowers.The re-appropriation of this know-how in your sculpture appears both organic and vegetal. Apart from the technic mastering and the amazing beauty emanating from this render, what is the link between your two favorite mediums ?

– First of all, I must state that I don´t blow the objects myself. I work with a highly skilled glassblower, Micke Johansson, who has his studio near mine. We have collaboration for which he makes the objects after my sketches. But I do the engraving myself. There are really no obvious links between painting and glass and that’s the reason why I like to work with glass objects from time to time, because it´s so different. But of course, there is a strong link in the theme of my work.

– How do you consider nature in your own life ? It standing though all your painting, and more with sculpture.

– Nature can give you a strong perspective on life, time and your own unimportance in the world. It is my belief that the spiritual experience of nature really fills a need for people in a secular society.

– You take your children and friends of them as models, is it mainly representation or are you noticed their way of behaviorand games too ?

– They are mainly actors, but sometimes I have been inspired by the children way to create alternative realities and hierarchies. But the paintings are not portraits in the meaning that they reflect a certain models personality.

– What kind of inspiration push you to work this way on a particular theme?

– I think it´s slow process over time to find what is interesting. I start to work with something that leads me into something else and so on. But it´s important not to have all the answers, that is a part of what makes it so interesting, that I can find something in the working process that I wasn’t aware of.

 Define what art is for YOU. What does it represent, how does it echo in yourself? Why do you feel the need of practicing it?

– I guess I define art as something that invites you to another world.  I chase this experience when I am working and I do find it from time to time.  Like drugs, but healthy.

 How will you make evolve your art in the future ?

– I am not sure, and that´s part of what makes it interesting for me to continue working. Otherwise, it would be much less exciting.

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 Markus Âkesson website: http://www.markusakesson.com/
Galerie Da-End
17 rue Guénégaud | 75006 Paris +33 (0)1.43.29.48.64. | galerie@da-end.com
Tuesday through Saturday, 2 pm – 7 pm and by appointment / du mardi au samedi de 14 H à 19 Het sur rendez vous.

link: http://www.da-end.com/