chronos X

chronos X © AC Plantey pour Artefact

Nicolas Schöffer Exposition hommage du 29 mars au 5 mai 2012 a la galerie Denise René – Espace Marais- 22 rue charlot 75003 Paris  – 01 48 87 73 94 – du mardi au samedi de 14H à 19h

A l’occasion du centième anniversaire de sa naissance, la galerie Denise René et cet automne, l’Institut Hongrois de Paris, rendent  hommage à Nicolas Schöffer, un artiste précurseur aux talents multiples, musicien, peintre, sculpteur, théoricien, urbaniste et architecte, tout autant qu’infographiste et vidéaste avant la lettre, inventeur d’un art multimédia interactif en prise avec la ville et la société.
La galerie Denise René entend ainsi rappeler, quand le recours aux avancées ultimes de la technologie ou les notions d’interaction avec l’environnement et de participation du spectateur à l’œuvre semblent aujourd’hui aller de soi pour les acteurs de la scène artistique, les apports déterminants ouverts par les recherches et le travail de ce pionnier, dans la droite ligne de la tendance initiée par elle, il y a maintenant plus d’un demi-siècle, avec l’exposition du Mouvement.
Né en 1912 à Kalocsa, Schöffer quitte la Hongrie après ses études à l’académie des Beaux-Arts de Budapest, pour s’installer en 1936 à Paris, qu’il ne quittera plus jusqu’à sa mort en 1992, dans son atelier de la Villa des Arts. C’est là, complétant sa formation à l’Ecole des Beaux-Arts, qu’il entame une carrière de peintre interrompue par la 2e G.M. qui le contraindra à se réfugier en Auvergne. A son retour une évolution fulgurante, marquée par les inventions du pendule à peindre et du pistolet à peinture qui révolutionnent son esthétique, le conduit via le surréalisme et l’abstraction lyrique vers l’abstraction géométrique. Cet engagement, à la suite de Malevitch et des constructivistes, marque une rupture décisive dans l’œuvre de Nicolas Schöffer qui se consacre désormais à une recherche novatrice dans le domaine de la sculpture. Prolongeant les idées de Pevsner et de Gabo sur le vide actif, il imagine une construction « aérée, transparente et pénétrable », esthétiquement toujours ordonnée selon les divines proportions du nombre d’or, inspiré de la Grèce antique et utilisant les propriétés de réflexion, de transparence et les capacités de réfraction de matériaux rarement encore utilisés en art tels que l’aluminium, le plexiglas, l’acier, le laiton ou le cuivre poli.
Espace, lumière, temps «  les trois matériaux immatériels de la vie » constituent les dimensions fondamentales de son œuvre et en fonderont les trois étapes : spaciodynamisme, luminodynamisme et chronodynamisme. Schöffer recherche inlassablement la quête d’une dématérialisation de l’objet pour faire primer l’idée sur la matière qui n’est autre qu’un véhicule intermédiaire entre de la pensée et l’effet de l’idée. Ces effets lumineux, mouvants, colorés sont la partie évanescente, quasi immatérielle de ses œuvres. C’est en 1948 que Nicolas Schöffer invente « le spaciodynamisme », « l’intégration constructive et dynamique  de l’espace dans l’œuvre plastique », puis le Luminodynamisme et le Chronodynamisme  En 1949, inspiré par l’ouvrage du mathématicien  Norbert  Wiener, l’artiste utilise les nouvelles techniques électriques  et électroniques pour rendre ses sculptures interactives.
La cybernétique « processus vital qui maintient en équilibre souple l’ensemble des phénomènes » devient l’élément essentiel de son œuvre. Dès 1954 il réalise la première sculpture multimédia interactive au monde, dotée d’un système d’interaction en temps réel avec capteurs ; cette tour spaciodynamique de 50 m de haut, est sonorisée par une composition de Pierre Henry à partir de bandes magnétiques.

Cysp1

Cysp1© AC Plantey pour Artefact

CYSP 1, la première sculpture cybernétique autonome est présentée en 1956 à la Nuit de la Poésie, au théâtre Sarah Bernhard, puis participe  à un ballet chorégraphié par Maurice Béjart, sur le toit de l’unité d’habitation de Le Corbusier, au Premier Festival d’Avant-garde de Marseille.
L’art cybernétique de Nicolas Schöffer qui permet d’établir un dialogue interactif entre l’œuvre , son public et son environnement , connaitra de nombreux développements, de SCAM 1, la sculpture automobile développée par le département art et industrie  de la régie Renault en collaboration avec la galerie Denise René, Kyldex 1 le premier spectacle cybernétique à l’opéra de Hambourg, jusqu’à la Tour Lumière Cybernétique prévue pour déployer ses 307 mètres de spectacles lumineux au cœur du quartier de La Défense, dont le projet fut abandonné après la mort du président Pompidou, alors qu’on s’apprêtait à en construire les fondations. Cette œuvre magistrale, probablement la pièce maitresse de l’artiste existe aujourd’hui dans les mondes virtuels sur Second Life, œuvre reconnue et aujourd’hui réclamée pour symboliser cette apogée visionnaire. Des spectacles s’y donnent certains soirs et à tous les étages elle comporte des œuvres cybernétique d’artistes du C.A.R.P. (Cybernetic Art Research Project)
En 1961, deux ans avant même  Nam Jun Paik, il fut le  pionnierde l’art vidéo avec l’œuvre nommée « Variation lumino dynamique 1 », retransmise par la télévision française, qui se composait de trois parties : un negro spiritual, un pas de deux exécuté par un couple  de danseurs dans un environnement cosmique et un trio de jazz. Des effets posés sur ces images, éléments graphiques et solarisation venaient apporter de façon tout à fait révolutionnaire une dimension expérimentale et artistique à l’image par le biais du Luminoscope, appareil  créé pour anamorphoser des textes et des images.

Au-delà de son œuvre de maturité incontournable, d’inventeur inspiré nous lui devons de singulières et poétiques créations toujours mêlées de cette volonté politique de socialiser l’art : le Varetra, le Musiscope, les Fontaines de feu, d’eau et de laser et même (littéralement) les « sculptures à taper dessus pour transformer la violence en beauté », les Soléolson.
A partir des œuvres Chronos mues par leurs programmes complexes, Schöffer énonça que l’artiste ne créait plus une œuvre mais créait la création. Il alla plus loin avec le Varetra, incitant à la créativité et sollicitant l’esprit de recherche. Le Varetra est une petite boite a effets lumineux, offrant toutes les possibilités d’anamorphose et de combinatoires, promu par l’Unesco comme instrument d’alphabétisation pour le monde et instrument de pédagogie artistique pour le monde. Si on y insert des lettres d’alphabet les enfants de cinq ans apprennent à lire cinq fois plus vite que par les méthodes normales. Le Musiscope, œuvre musicale pour sourd, sans musique mais visuelle, invite à trouver les combinaisons permettant de faire varier l’image. Ces
Les œuvres programmées  de Schöffer, opèrent une fascinationet ouvrent les portes d’une autre dimension.

Microtemps © AC Plantey pour Artefact

microtemps

Microtemps © AC Plantey pour Artefact

En chercheur passionné, il met en théorie et en art, ce qu’il appelle « les Microtemps » qui ne sont rien de moins que « la représentation sublimée de cette parcelle de temps, succession de retards accumulés tout au long du parcours d’une image de la rétine au cerveau, à travers le nerf optique, amenant un décalage entre le moment où cette image  frappe notre œil et le moment où elle est perçue comme telle. Considérons ce décalage de 30 000°eme de secondes: son importance est capitale car, en fait, c’est à l’intérieur de ce fragment micro temporel que se forme l’événement. D’autre part, ce fragment de temps permet au cerveau, le débit de transmission des informations visuelles étant limité à (16 images / seconde) de faire son choix parmi les informations. L’artiste décide d’envoyer via l’œuvre un nombre de plus en plus grand nombre d’image seconde. Le cinéma ou la télévision , qui tendent à donner une structuration spécifique à ces fragments de temps successifs, pourraient sembler des moyens privilégiés mais leur trame technique ainsi que leur commercialisation poussée, limitent considérablement leurs possibilité d’expansion artistique. Nicolas Schöffer met en scène ces sculptures qui renvoient la lumière de façon hypnotique en tournoyant à très grande vitesse à l’intérieur d’un caisson rectangulaire, en offrant différentes variantes de jeux de lumières et de couleurs pour faire percevoir l’imperceptible et le champ des possibles.

détail lux XI

détail lux XI © AC Plantey pour Artefact

Visionnaire, il s’attaqua à la conception architecturale de lieux de vie et d’échanges divers jusqu’à l’élaboration d’une ville entière, la ville cybernétique reconnue par l’architecte Claude Parent. Nicolas Schöffer s’est particulièrement préoccupé, dans sa théorie d’urbanisme du problème des villes de loisirs. Il voit celles-ci se différencier en deux catégories. D’une part celles qui seront intégrées aux villes résidentielles et aux villes du travail. D’autre part, celles qui constitueront des cités autonomes.
Dans le premier cas, on y trouvera des centres de relaxation et de stimulation intellectuelle des centres culturels, des centres de distribution et de consommation. Dans le second cas, la ville pourra acquérir une véritable spécialisation. Il proposa sa vision d’un centre commercial/e sous le dôme oblong de son « théâtre spatiodynamique »,  afin que l’on puisse  consommer des biens matériels en même temps que des biens spirituels et esthétiques. En effet, du centre étagé du théâtre, des œuvres s’offraient au regard du public, de même que des mises en scènes lumineuses et sensorielles. Des spectacles  et de la danse étaient également proposés.
Quant aux formes de ces villes, Schöffer les voit en partie horizontales pour le sommeil ou verticales pour le travail, le loisir étant composé autant d’action que de relaxation tient des deux. Il donne d’ailleurs à ses dessins d’architecture des formes inattendues, voire morphologiques (son Centre de Loisirs Sexuels en forme de sein par exemple). Une partie originale de l’étude de Nicolas Schöffer concerne ce qu’il nomme « les centres de déconnexion » intégrés dans la ville du travail et « les centres stimulants »,  dans les villes résidentielles. « Il est nécessaire à l’individu qu’après sa journée de travail toute fatigue soit effacée, et que la transition vers une relaxation soit progressive et harmonieuse. Pour cela, en quittant son lieu de travail, le travailleur pourra passer à travers des centres de relaxation intégrés, qui offrent de véritables climats audio-visuels, lumineux, odorants, etc., ainsi que des installations spécialisées pour obtenir des relaxations rapides mais graduées. »
Pour chaque ensemble comprenant une ville de travail et une ville résidentielle, il faut prévoir des « centres de relaxation autonomes » qui seront de véritables centres de thérapeutique préventive, avec service médical d’analyse, de diagnostics et de contrôle. Ajoutons que Nicolas Schöffer prévoit dans ces villes de loisirs dynamiques des engins permettant des excursions dans l’espace ou sous l’eau. Des coquilles conditionnées pourraient être immergées dans l’eau. Elles pourraient également être prévues flottantes. Schöffer pense également que nous pouvons envisager des villes de loisirs extra-terrestres, soit sur des satellites artificiels, soit posées sur la Lune ou sur la surface d’autres astres relativement habitables.
La galerie Denise René a choisi de sélectionner des œuvres créées entre 1949 et 1989, principalement ses sculptures, des œuvres  chronodynamiques et des Microtemps, ainsi que quelques peintures, reliefs et projection de films. C’est un régal de se confronter à ces sculptures aux proportions parfaitement maitrisées, de se laisser happer dans une contemplation méditative face à cet artiste qui sculptait la lumière et l’ombre tout autant que le métal à la façon d’un joaillier délicat. Tout le travail de réflexion du jeu coloré de lumière orchestré en un ballet futuriste exerce toujours la même fascination. La clôture de l’exposition qui lui rend hommage à la galerie a donné un rendez-vous inédit. En effet, le 2 mai à  19h30,  l’artiste Hugo Verlinde qui a toute une recherche poétique en art numérique est venu interagir sur une œuvre de Nicolas Schöffer. Il a créé spécifiquement pour l’occasion une œuvre interactive, via un programme générant des images qui se développent de façon dynamique, entre ordre et chao. Il crée ainsi des ciels étoilés, des aurores boréales projetées sur l’œuvre Spatiodynamique 19 de Nicolas Schöffer, pour capter son rayonnement sur un écran translucide. Cela crée des diffractassions de lumière colorée qui permettent  de rendre visible l’invisible, cette alliance sublime entre l’homme et le divin.
L’Institut Hongrois de Paris va consacrer à Nicolas Schöffer une grande rétrospective cet automne. En octobre, l’accent sera mis sur « Schöffer dans le monde », avec des affiches, et « La ville schöfférienne » par le biais de projets, de maquettes, de photos, d’articles qui témoignent de toute sa réflexion sociopolitique pour concevoir un environnement que certains peuvent qualifier d’utopique, et d’autres d’utopie réalisable, car la ville s’est déjà bien cybernétisée de nos jours.
Nicolas Schöffer, artiste de l’art ‘moderne’ accède à l’art ‘contemporain’ par la mise en place de dispositifs, un programme  interactif avec l’environnement, et une vision avant-gardiste que l’on peut retrouver dans l’art numérique actuel. Son appréhension de l’art est incroyablement complète, il y apporte une dimension politique, scientifique, thérapeutique, sociale, philosophique et éthique. Dans la solitude inconfortable de ceux qui défrichent les chemins, il se plaisait à dire: « Ce n’est pas en suivant quelqu’un qu’on le dépasse »
Son atelier est également visitable sur rendez-vous, magistralement présenté par sa femme, la fidèle Éléonore de Lavandeyra Schöffer, qui organise différentes manifestations culturelles et intellectuelles, dont les Dîners d’Idées où la jeune scène contemporaine actuelle vient faire part de ses découvertes et réalisations.
Site de l’artiste: http://www.olats.org/schoffer/
Contact : schofferdelavandeyra.eleonore@neuf.fr
http://www.deniserene.com/
http://www.instituthongrois.fr